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Quelle année! Enfin terminée!

L’année 2008, qui s’est enfin terminée, a été désastreuse pour les marchés financiers et, aux yeux de plusieurs, pour les affaires gouvernementales à Ottawa. L’érosion de la confiance dans les institutions et les marchés financiers a mené à l’effondrement de banques d'investissement réputées, de même qu’à des opérations de sauvetage aux États Unis et en Europe se chiffrant dans les billions. C’est incroyable! Karl Marx et ses adeptes déclareraient sans doute, « Nous vous l’avions bien dit ».

Nous, les gens ordinaires, devrions être furieux du fait que le système financier mondial se soit presque effondré, mais il faut admettre que nous y avons contribué en bénéficiant du crédit bon marché et de la bulle des valeurs mobilières et immobilières. Les marchés financiers sont soumis aux lois de la gravité. En 2007, le TSX frisait un sommet de 15 000, tandis qu’à l’heure où ces lignes sont écrites, nous ne sommes pas sûrs de pouvoir maintenir le creux de 9 000! Notre cas n’est pas isolé, car d’autres marchés boursiers ont également connu des déclins considérables.

La crise du crédit initiale s’est transformée en crise de liquidité et de solvabilité à l’échelle mondiale. La confiance à l’égard des institutions et des marchés financiers s’est détériorée; de plus, les consommateurs ont aussi perdu confiance, ce qui pourrait menacer la croissance économique. Nous en saurons davantage lorsque les données sur la frénésie traditionnelle d’achats du temps des Fêtes seront publiées, mais la baisse des ventes en novembre donne à penser qu’elles seront faibles (sauf dans le cas de Wal-Mart). Certains magasins de détail à succursales multiples ont demandé la protection de la loi sur les faillites (p. ex., Woolworths au Royaume-Uni) et les soldes d’avant Noël se multiplient! L’OCDE et de nombreux politiciens ont osé parler de récession. C’est confirmé aux États-Unis, et ce n’est qu’une question de temps pour le Canada.

Ce glissement global vers l’incertitude financière actuelle a commencé en août 2007. En faisant un rapide retour sur cette époque quasi dorée, on constate que l’économie mondiale affichait encore des signes de croissance vigoureuse; les inquiétudes concernant l’inflation entraînaient quant à elles un resserrement des taux d’intérêt. Cependant, les nuages s’amoncelaient à l’horizon. En 2006 déjà, la chute du boom immobilier avait ébranlé la rentabilité des prêts hypothécaires à risque et des titres apparentés. Au début de 2007, il y avait des signes manifestes de problèmes aux États Unis et en Europe en raison de la dépréciation et de la défaillance des institutions financières, notamment aux États Unis.

Alerté par ces signes, j’ai rédigé un article en juillet 2007 pour le Halifax Daily News, dans lequel j’envisageais la possibilité d’un tsunami financier. Je ne prétends pas pouvoir faire des prévisions. Néanmoins, ces secousses préliminaires menaient à mon avis presque inévitablement à un tremblement de terre financier, peut être de 7 sur l’échelle de Richter – sérieux, mais pas assez pour dévaster tout le système. Les répliques qui ont suivi en septembre et en octobre de cette année l’ont presque anéanti; nous avons connu la pire crise depuis au moins 70 ans. Ces secousses ont frappé au cœur du système financier, et causé la panique et une perte de confiance générale non seulement chez les investisseurs et les épargnants, mais également parmi les banques. En effet, le marché interbancaire est toujours paralysé et un grand nombre d’emprunteurs au Canada ont encore de la difficulté à obtenir des prêts, même de leurs principaux banquiers.

Dans un article subséquent en septembre 2007, je posais la question suivante : existe t il une faille fondamentale dans l’architecture financière de ce qu’on appelle communément le système anglo américain ou s’agit il tout simplement de cupidité et de stupidité? Je crois que nous pouvons maintenant ajouter la fraude à la liste. Comme de nombreuses banques en Europe, y compris les banques suisses et allemandes, d’habitude très conservatrices, sont prises avec des créances titrisées à risque et en subissent les conséquences, nous pourrions conclure que s’il y a une faille, elle est répandue – ce qui n’est pas très rassurant!

On peut s’interroger : avons-nous déjà oublié les événements récents, sans parler des bulles et crashs financiers de l'histoire? La bulle point-com est un exemple flagrant d’investisseurs se ruant sur des placements de titres, liés dans ce cas-ci à toute nouvelle idée en TI qui semblait géniale. Certains analystes financiers parlaient avec beaucoup d’enthousiasme de la nouvelle économie et de la façon dont le secteur de la TI redéfinissait les principes de base de l’évaluation mobilière. Bien sûr, cet épisode a fait implosion et nous sommes retournés aux normes et aux modèles classiques éprouvés de création et de destruction des valeurs. Nos économies ont survécu au traumatisme, notamment aux événements du 9/11 qui ont suivi et, à part le NASDAQ, les indices boursiers généraux ont non seulement repris, mais atteint de nouveaux sommets. Nous surmonterons aussi la présente crise, mais il y aura beaucoup de turbulence pendant que nos économies se rétabliront peu à peu et que les marchés financiers retrouveront lentement les sommets que nous avons connus.

Nous avons bon espoir que 2009 se déroule mieux, mais les malheurs de la récession se poursuivront sans doute, au moins pendant les 3e et 4e trimestres. On peut s’attendre à l’achat sélectif de certaines actions de premier ordre dont la valeur est très affaiblie, mais il faudra une série de gains positifs du secteur général des entreprises pour produire une réaction soutenue et favorable. Il y a beaucoup d’argent à investir dans le marché, mais les investisseurs sont plus prudents à l’heure actuelle qu’ils ne l’étaient après le vendredi/lundi noir d’octobre 1987. Il a fallu 22 mois pour que l’indice du TSE, tel qu’il était à l’époque, soit complètement rétabli. Ce délai serait invraisemblable dans la conjoncture actuelle.

Pour assurer la pleine reprise, on devra aussi combler les écarts réglementaires au sein des pays et outre-frontière. Il faudra une intervention coordonnée, telle qu’un nouveau Bretton Woods, afin d’établir un cadre réglementaire prudent, ex ante, qui ne nuira pas à l’innovation, mais assurera un contrôle plus efficace des institutions et des marchés. Nous aurons également besoin de systèmes de surveillance qui nous alerteront rapidement et mobiliseront les décideurs en réponse aux éventuelles secousses et situations d’insolvabilité. Enfin, nous aurons besoin d’une intervention ex post en cas d’échec des marchés et des institutions. C’est un défi de taille. Le monde en 2009 est très différent de celui de 1944, au sein duquel ont été établis les fondements institutionnels du système monétaire et commercial dans la foulée de la Seconde Guerre mondiale, notamment le Fonds monétaire international, la Banque mondiale et l’actuelle Organisation mondiale du commerce.

Le capitalisme se nourrit de la cupidité; il est donc très difficile de légiférer son contrôle. Compte tenu de la présente crise et des événements récents comme Enron, point-com et autres, il est clair que si l’on ne peut pas se fier aux dirigeants des institutions financières, des entreprises et des agences de notation pour maintenir les normes d’intégrité et d’éthique auxquelles nous sommes en droit de nous attendre, nous assisterons au retour de la libéralisation des contrôles réglementaires qui s’est produite peu à peu à partir des années 1970 et qui favorisait l’auto réglementation. Nous serions tous perdants, mais comme les excès produisent souvent des résultats négatifs - et la présente crise ne fait pas exception - le mouvement du pendule nous ramènera à l’accroissement du contrôle et de la réglementation à l’échelle gouvernementale et mondiale.

J. Colin Dodds, président

Université St. Mary
Halifax, Nouvell-Écosse

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