Tous les experts, qu’ils soient économistes, analystes financiers, conseillers ou souscripteurs d’assurance-crédit, reconnaissent que nous faisons face à une grave crise économique et financière mondiale. En effet, cette crise ressemble de plus en plus à un Armageddon financier. Même si la durée de la crise ne fait pas consensus (on ne le saura vraiment que quelques mois après qu’elle sera terminée!), on s’attend à ce qu’elle soit longue et de grande portée. Nul doute que les faillites d’entreprises se multiplieront dans le monde entier.
De fait, en octobre 2008, le nombre de faillites à l’échelle mondiale a presque quadruplé comparativement à la même période l’an dernier. Les souscripteurs d’assurance comptes clients ne peuvent donc pas continuer comme si de rien n'était. Comme il fallait s'y attendre, les demandes d’indemnisation ont affiché une hausse spectaculaire en 2008 et les avis de comptes en souffrance, précurseurs de futures demandes, ont également augmenté. Malheureusement, comme les économies étaient florissantes avant la débâcle actuelle, les assureurs ont agi avec témérité, réduisant les primes à des niveaux irréalistes et insoutenables dans l’espoir naïf d’obtenir une plus grande part du marché.
Déplorablement, au fur et à mesure qu’augmente le nombre de demandes d’indemnisation et de primes arriérées, les assureurs retirent la couverture des acheteurs jugés les plus susceptibles de manquer à leurs paiements. Cela n’a rien à voir avec l’expérience de leurs clients par rapport à leurs propres acheteurs. Les assurés subissent un double coup dur : leur couverture est retirée au moment où ils en ont le plus besoin pour gérer les risques, et leur ligne de crédit est sensiblement réduite, car le nombre de comptes clients garantis a une incidence sur le calcul par leur banque du pourcentage consenti en prêt.
Il n’est pas surprenant dans ce contexte que les « principes » de souscription des assureurs de comptes clients aient beaucoup changé. Lorsque les économies mondiales étaient florissantes et que la crise hypothécaire n’était encore qu’un phénomène théorique se prêtant aux débats intellectuels, les assureurs se contentaient d’évaluer les limites de crédit à partir de renseignements généraux : rapports de solvabilité et rapports bancaires, antécédents commerciaux et capacité de l’assuré d’atténuer les risques. La souscription « dynamique » constituait un autre moyen pratique d’accaparer une part du marché.
Maintenant échaudés, les assureurs exigent des renseignements précis, quantitatifs, pour évaluer la qualité du crédit de base de l’acheteur. Dans la plupart des cas, cette information n’est pas accessible au public. Les assureurs demandent donc à leurs clients assurés de tirer parti des relations avec leurs propres clients pour étoffer leurs états financiers. L’assureur mettra avant tout l’accent sur la liquidité. Il examinera évidemment de près la rentabilité, mais la liquidité de l’acheteur sera le principal critère. De combien de liquidités dispose le client? Quand faudra-t-il renouveler la ligne de crédit? Dans le contexte où les banques deviennent de plus en plus nerveuses, même sans raison, on s’inquiète que la ligne de crédit ne soit pas prolongée. Des dettes importantes arrivent elles bientôt à échéance?
On peut encore trouver des couvertures d’assurance acceptables, mais pas au mêmes taux de prime que l’an dernier. Les clients assurés actuels et les nouveaux acheteurs d’assurance comptes clients peuvent s’attendre à payer beaucoup plus cher. De plus, les assureurs exigeront bien plus d’informations que dans le passé. En outre, une entreprise qui subit une série de pertes pourrait perdre sa couverture ou se voir imposer une franchise considérable. Néanmoins, on peut encore obtenir une couverture d’assurance convenable.
Heureusement pour les clients canadiens, le Canada jouit d’une situation privilégiée. L’agence canadienne de crédit à l'exportation, Exportation et développement Canada (EDC), est pratiquement la seule agence de ce genre dans le monde développé qui offre encore l’assurance comptes clients en concurrence directe avec le secteur privé. Ce dernier fait pression depuis des années pour qu’EDC se retire de ce type d’assurance. Il prétend avoir la capacité financière et technique d’offrir aux entreprises canadiennes la couverture dont elles ont besoin. EDC a obtenu d’excellents résultats, compte tenu du contexte actuel, et n’a pas procédé, comme le secteur privé, aux réductions générales de couverture. L’agence n’a pas l’habitude de se livrer à une concurrence acharnée et myopique des prix afin de s’accaparer une meilleure part du marché. Elle est donc beaucoup mieux placée pour surmonter les difficultés actuelles. Nous prévoyons qu’elle tiendra le coup et continuera d’offrir la couverture complète des comptes clients d'exportation à un taux de prime approprié.
Keith Milloy, président
Canadian Financial Insurance Brokers Ltd.
et spécialiste en assurance comptes clients