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La crise appelle une transformation
« L’année est enfin terminée! » Ce mantra était sur toutes les lèvres à la dernière séance de la bourse de 2008, comme s’il suffisait de changer de calendrier pour endiguer le flot de mauvaises nouvelles qui ont déferlé l’automne dernier. Les résultats optimistes des premiers jours de bourse en 2009 ont également provoqué de faux espoirs. Malheureusement, les bases chancelantes de l'économie mondiale ont pris le dessus, grugeant les gains en une semaine. La tourmente économique et financière de l’automne dernier ne s’est pas résumée à une faible secousse sismique; nous avons assisté à un véritable tremblement de terre. Les observateurs des marchés évaluent encore l’ampleur des dommages que le séisme a causés.

Comme pour tout grand séisme, les pressions s’intensifiaient depuis un certain temps déjà. Les excès économiques se sont accumulés aux États-Unis au cours des sept dernières années. Compte tenu du pouvoir d’achat des consommateurs américains, ces excès ont été exportés partout dans le monde. On s’est habitué aux exportations excessives et on a adapté l’économie à leur rythme de croissance effréné. Cette course s’est arrêtée brusquement et tout le monde en subit les conséquences. Les importantes secousses de l’automne dernier auront elles été suffisantes pour ramener les activités à un rythme plus normal?

À peine. Sept ans d’excès ne peuvent pas s’évaporer en quelques semaines. Nous faisons face actuellement à une série d’événements économiques qui ont commencé au milieu de 2006, lorsqu’on s’est rendu compte que le nombre de maisons sur le marché dépassait largement les besoins des consommateurs américains. Cette constatation a entraîné la chute soudaine des prix des biens immobiliers et le recul des activités de construction, et a mis au jour le déluge d’hypothèques toxiques enregistrées dans les livres comptables des principales institutions financières du monde. Ne pouvant plus tirer profit de la valeur nette gonflée du logement, le puissant consommateur américain a réduit ses dépenses et la demande mondiale en a subi les répercussions. Partout au monde, l’emploi est touché – entraînant des effets secondaires éprouvants sur la demande et les marchés financiers.

Bref, on n’a pas fini d’entendre de mauvaises nouvelles. Les marchés continueront de réagir aux révélations concernant la croissance affaiblie des marchés émergents et les effets de la hausse du chômage à l’échelle mondiale. Les planificateurs avisés devront se préparer au pessimisme persistant et à l’accès restreint au capitaux permanents. Combien de temps la situation durera t elle? Une reprise rapide comme en 2002 est invraisemblable. Cette fois, les excès dépassent les bornes et il faudra du temps pour régler le problème. Prenons les marchés hypothécaires américains, par exemple. Si l’excédent actuel disparaît au même rythme que sa croissance, l’équilibre ne sera pas rétabli avant la deuxième moitié de 2010. Selon d’autres indicateurs, un redressement au deuxième semestre de 2009 sera peu probable. Les pronostics ne sont guère optimistes et les exportateurs canadiens sont sur la ligne de front.

L’attente sera donc plus longue que d’habitude. Y a t il des occasions à saisir? Manifestement, les possibilités sont plus limitées, notamment sur les marchés traditionnels du Canada. Cependant, à l’extérieur de la zone de sécurité, il existe encore des perspectives stimulantes. La croissance des marchés émergents ralentira, mais son rythme dépassera quand même celui de nos activités internationales traditionnelles, et ces marchés ont besoin des produits que nous vendons. De plus, les conditions léthargiques ont favorisé la libération de fonds publics, et il est probable que ceux qui pourront offrir sur-le-champ des biens et services visant à réaliser d’énormes projets d’infrastructure publique seront très recherchés cette année. En outre, les exportateurs canadiens bénéficieront désormais de la baisse de la valeur du dollar et de la réduction considérable du coût des facteurs de production.

En somme, l’année 2009 sera difficile, les risques seront plus élevés et les exportateurs ne pourront pas compter sur les marchés traditionnels. Pour survivre, il faudra probablement sortir des sentiers battus. Pouvons nous y arriver? En temps normal, de la nécessité naît l'invention. Par ailleurs, la crise est mère de transformation; il sera essentiel de suivre cet adage pour réussir à court terme.

Peter Hall, vice-président et économiste en chef
Exportation et développement Canada
Ottawa, Ontario

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