La débâcle financière s’étant transformée en crise économique au cours du dernier trimestre, la durée du repli des valeurs boursières est la principale préoccupation de l’heure. On prévoit généralement une stabilisation de l’économie au cours de la deuxième moitié de 2009, faisant de 2010 une année plus acceptable. Un consensus s’établit peu à peu autour de ce scénario, compte tenu de l’annonce de mesures de stimulation de plus de quatre billions de dollars à l’échelle mondiale et de la durée prévue du repli dans le cycle de redressement actuel. En début de cycle, les actions ont donc commencé à anticiper cette prédiction. Pourtant, je crois qu’il est trop tôt pour porter un tel jugement de manière définitive.
D’après moi, les gouvernements disposent de trois grandes catégories de stimulation pour dynamiser l’économie : la politique monétaire, les mesures de relance budgétaire à court terme et les dépenses à long terme. La réduction systémique des risques continuera de diminuer l’impact de la politique monétaire au cours du présent cycle, et ce, qu’elle soit attribuable au refus des banques de prêter de l’argent ou au reste du système financier, notamment les fonds de placement spéculatifs misant sur l’accroissement progressif de capitaux pour réduire l'endettement. Quant aux mesures de relance budgétaire, celles que les États Unis ont prises l’été dernier n’ont fait qu’augmenter la consommation à court terme, mais c’est déjà chose du passé. De fait, j’ai l’impression que tout plan déposé au cours de la première moitié de 2009 aura une incidence limitée sur les dépenses, même s’il représente une plus grande part du PIB. La destruction de la richesse en est la cause.
Merrill Lynch estime qu’au troisième trimestre seulement, les ménages ont perdu, dans l’ensemble, trois billions de dollars américains. Comme les perspectives d'emploi diminuent, ce rapport laisse entendre que les épargnes des ménages aux États Unis passeront de 2 % environ à 5 % au cours des 15 prochains mois et que les dépenses des consommateurs seront réduites proportionnellement. Il reste le côté « offre » de l’équation. Le programme d'infrastructure proposé par le président Obama aura un impact, mais la stimulation structurelle mettra plus de temps à relancer l’économie que ne le croient les spéculateurs.
De plus, je crois que le présent cycle diffère en plusieurs points des récents replis que nous avons connus. En effet, le cycle actuel se distingue de ceux qui ont suivi la Seconde Guerre mondiale sur le plan des changements démographiques et de la distribution de la richesse dans la société, et ce n’est pas pour le mieux. Compte tenu de la suppression, au cours de la dernière année, des profits en capitaux propres accumulés sur une période de dix ans, la plupart des investisseurs hésiteront longuement avant d’acheter des valeurs mobilières. Morgan Stanley estime que le bénéfice opérationnel moyen des entreprises du S&P-500 en 2009 se situera à 53 dollars. On peut en conclure que les marchés américains seront coûteux dans l’ensemble.
La volatilité du marché boursier a diminué en parallèle avec certains indices de référence relatifs au crédit. Cependant, l’incertitude continuera de dominer le marché en anticipation des annonces financières qui se feront à l’extérieur du Canada à la fin de janvier, notamment aux États Unis et en Chine. Les investisseurs devront continuer de se centrer sur la préservation du capital, le rendement des placements et les situations particulières, telles que l’arbitrage sur fusions-acquisitions. Les instruments de capitaux propres autres que les actions ordinaires, comme les actions privilégiées et les obligations des sociétés à faible risque, continueront de produire le meilleur rendement.
Maintenant que l’année 2008 est enfin terminée, le dollar américain devrait renverser sa faiblesse actuelle liée au flux monétaire et réaffirmer sa force contre intuitive jusqu’à ce qu’il soit évident que la stabilité économique est imminente. Les investisseurs seront alors moins inquiets d’acquérir d’autres monnaies, ce qui réduira la demande de dollars américains et revitalisera par ricochet le commerce fondé sur le dollar. Lorsque cette situation se produira, la courbe de rendement se redressera au fur et à mesure que le marché anticipera la reprise économique. Ce développement aura un impact négatif sur le cours des obligations du gouvernement, mais réduira l’écart entre les taux d'intérêt des obligations des sociétés. Lorsqu’il y aura moins de risque de défaut de paiement dans le marché du crédit, les banques recommenceront à prêter, les entreprises pourront croître à nouveau et les actions bénéficieront de l’énorme quantité de liquidités secondaires.
Toutefois, le marché n’en est pas encore à ce stade. En fait, je pense que lorsque faiblira l’enthousiasme entourant l’investiture du président Obama et les mesures de relance budgétaire qu’il a proposées, les marchés boursiers connaîtront un ralentissement comme en novembre 2008 et les actions enregistreront vraisemblablement un creux. Toutefois, à l’heure actuelle, l’incertitude concernant les marchés financiers est la seule chose dont on puisse être certain. Il est trop tôt pour se ruer sur les placements en actions ordinaires.
Andrew McCreath, gestionnaire principal de portefeuille
Sentry Select Capital Corp.
Toronto, Ontario